La joie s’arme. Son attaque est le dépassement de l’hallucination marchande, de la machine et de la marchandise, de la vengeance et du leader, du parti et de la quantité. Sa lutte brise la ligne tracée par la logique du profit, l’architecture du marché, le sens programmé de la vie, le document final de l’archive. Son explosion bouleverse l’ordre des dépendances, la nomenclature du positif et du négatif, la loi de l’illusion marchande.
Ce texte a été écrit dans le contexte tendu de la vague révolutionnaire italienne des années 70. Alfredo M. Bonanno y attaque avec virulence la soi-disant mission historique du parti communiste. Opposant à la spécialisation militaire des Brigade Rouges, il militera au contraire pour un insurectionalisme assumé et généralisé à l’ensemble du mouvement social.
[...] L’ouvrage capte le lecteur dès la première phrase : « Mais pourquoi ces foutus jeunes ont-ils tiré dans les jambes de Montanelli ? N’aurait-il pas été mieux de lui tirer dans la bouche ? », ajoutant quelques lignes plus loin : « L’estropier signifie l’obliger à boiter, l’obliger à se souvenir. Par contre, ça aurait été un divertissement plus agréable de lui tirer dans la gueule, avec la cervelle qui lui sort des yeux ». En fait, ainsi qu’on peut le deviner à travers cette courte citation, le propos hésite entre l’analyse politique et le pamphlet situationniste. On pourrait sans problème rattacher le propos de Bonanno au registre nietzschéen qu’évoque Irène Pereira (Les grammaires de la contestation). Manifestant un vitalisme profond, l’auteur en appelle à rompre définitivement avec le travail : « A l’éthique du travail, il faut opposer l’esthétique du non-travail », p. 23. C’est par un effort volontariste que les prolétaires peuvent espérer rompre avec le spectacle [...] Georges Ubbiali, Dissidences, septembre 2011.